En corps libres : 2014-2015

 Danser, c’est lutter contre tout ce qui retient, tout ce qui enfonce, tout ce qui pèse et alourdit, c’est découvrir avec son corps l’essence, l’âme de la vie, c’est entrer en contact physique avec la liberté. Jean-Louis Barrault

Le projet pédagogique 2014-2015 s’intitule « en corps libres » et explore la façon dont la danse contemporaine tente de s’affranchir des diktats de la norme en introduisant des corps différents (des gros, des maigres, des gens âgés, des enfants, des personnes handicapées). Elle permet alors de s’affirmer en tant qu’individu, dans un corps qui nous est propre.

La genèse du projet : contexte historique

 Au XX° siècle, les pionniers de la danse moderne cherchent à se libérer des carcans imposés- entre autres- par la danse classique pendant plusieurs centaines d’années, en inventant un nouveau vocabulaire gestuel, en empruntant à différents types de danse, en dansant dans des lieux atypiques… Cela passe aussi par une rébellion des corps et l’introduction de danseurs « différents ». Les silhouettes ne sont plus nécessairement uniformisées. Dès lors, qu’est-ce qu’un corps en danse ? Comment les femmes changent-elles le regard sur celui-ci dans une société où il est souvent considéré comme un objet purement plastique ? Peut-on créer lorsque l’on est gros, âgé, petit, ou même handicapé ? La danse contemporaine répond sans hésiter par l’affirmative.

Elle affirme avec fierté qu’à travers l’art, nous pouvons être libres, toujours et encore. En corps libres.

 Le Festival de Marseille et la danse des corps libres

Le Festival de Marseille est un reflet de la création contemporaine et a donc, à ce titre, accueilli des compagnies de toutes les origines, de toutes les religions, des chorégraphes empruntant à divers langages chorégraphiques, des danseurs grands, petits, minces, gros, des hommes, des femmes, des enfants… Que ce soit Chantal Loïal, qui se présente comme « la danseuse aux grosses fesses », Christophe Haleb, qui fait appel à des amateurs et joue à les dévêtir ou les travestir, Bill T. Jones, qui prend soin de réunir des danseurs aux corps très différents, un certain nombre d’artistes des scènes du Festival ont revendiqué au fil des années leur liberté et leur désir de s’affranchir de la norme.

En 2014, pour la première fois, nous avons de plus accueilli deux compagnies comportant des danseurs handicapés : la Vertigo dance company a ainsi animé des ateliers « power of balance » mélangeant personnes valides et handicapées et Danses en l’R a présenté le duo Attention fragile, dont l’un des interprètes est en fauteuil roulant.

En 2015, cette notion sera plus que jamais présente au sein du Festival lors d’une édition anniversaire (20 ans déjà !).

©John Hogg

©John Hogg- Beauty remained, Robyn Orlin

Parcours pédagogique En corps libres

 Le projet pédagogique En corps libres propose à des enfants et des adolescents de découvrir une danse contemporaine qui accepte les individus tels qu’ils sont, qui questionne la norme imposée par la société pour mieux s’en jouer. Ceci fait écho à des problématiques qui nous traversent tous : nous naissons dans un corps qui se transforme, nous passons toute la vie à l’apprivoiser, à le confronter au regard des autres. Depuis l’Antiquité, la question de la beauté du corps et des canons, même si ce modèle a évolué au fil des siècles, demeure primordiale. Nous ne sommes jamais totalement affranchis de la vision qu’a une société de l’apparence physique.

 Cela est d’autant plus prégnant à l’enfance et à l’adolescence, évidemment, car le corps subit d’énormes changements. Beaucoup de jeunes que nous rencontrons n’osent pas danser par peur du jugement des autres. Or, la danse, quand elle exclut les jugements de valeur, peut permettre de se réapproprier son corps et d’aller vers une plus grande liberté. Ce que résume le chorégraphe Thomas Lebrun, auteur, entre autres d’un Itinéraire d’un danseur grassouillet et de Tel quel !, pièce jeune public sur la question de la tolérance : « avec la danse, se découvrir, grandir et pourquoi pas s’accepter ».

C’est aussi bien sûr une dimension citoyenne que nous investissons : la danse affirme la différence pour mieux nous rassembler, en tant qu’êtres humains, tout simplement. En présentant des artistes handicapés, nous voulons aussi dépasser les préjugés liés à l’ignorance en se focalisant sur les capacités plutôt que les incapacités. En effectuant des croisements et en mélangeant les publics- valides et handicapés- dans des ateliers de danse, nous permettons aux personnes de se rapprocher. La danse est une invitation à la tolérance et à l’ouverture aux autres.

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