Le respect de soi : une lutte contre le racisme

En classe, à travers l’histoire de la danse noire américaine, nous abordons beaucoup la question du racisme : esclavage, ségrégation raciale, sont ainsi indissociables de la culture afro-américaine. Des claquettes, (venues du patting des esclaves faisant suite à l’abolition du tambour par les maîtres), au hip hop, (une danse née à NYC dans les quartiers « black »), en passant par le modern jazz ; les afro-américains ont crée un socle culturel et artistique fort.

Pourquoi aborder cette thématique et la relier avec une pratique dansée ? Nous montrons des exemples de chorégraphes courageux, qui se sont questionnés toute leur vie sur leur identité et ont affirmé leur fierté d’être ce qu’ils sont. Le message résonne souvent fortement. Nous parlons en classe du racisme, qui n’est malheureusement pas étranger au quotidien des adolescents. D’anecdotes en questions de fond, la question de la citoyenneté a ainsi été débattue à plusieurs reprises. Au collège Prévert, à Frais Vallon dans les quartiers nord, en particulier, la thématique du racisme est extrêmement sensible : nous nous sommes même demandés ce que signifiait « être français ». Beaucoup d’adolescents se sentent différents, du fait de leur couleur de peau ou de leur religion. Pourtant, nous avons tous la même carte d’identité. Certains se mettent des limites, par exemple, « parce que dans les quartiers nord, on n’a pas la même chance que dans le sud ».

Nous avons regardé une vidéo recréant le test de la poupée noire et blanche effectué par le Dr Kenneth Clark en 1954. Celui-ci demandait à des enfants afro-américains entre 3 et 7 ans de choisir laquelle de ces deux poupées était jolie, laquelle était méchante et à laquelle ils s’identifiaient. Plus des 3/4 des enfants afro-américains décrétaient préférer la poupée blanche. A la dernière question, un grand nombre d’enfants se mettait à pleurer en réalisant qu’ils étaient identiques à un modèle identifié comme négatif. Ce test a été refait au début des années 2000 puis juste après l’élection de Barack Obama. L’évolution était plus flagrante en 10 ans qu’en 50. Ceci a fortement impressionné les jeunes spectateurs :

 Ce qui m’a choqué c’est les noirs qui préfèrent les poupées blanches parce qu’ils croient que les noirs sont méchants et les blanches gentilles, ce n’est pas bien ! Que les noirs ne peuvent pas entrer dans les salles de spectacle, c’est injuste. Tess, CM1, Ecole Estaque Plage

Ce qui m’a le plus contrariée, c’est les enfants noirs qui étaient vraiment perdus dans leur tête, ils ne savaient plus quelle poupée choisir quand on leur a demandé laquelle était méchante et à quelle poupée ils ressemblaient. Ils ont ressenti le racisme à leur plus jeune âge. Inès, CM2, École le Rouet

J’ai bien aimé la séance mais j’ai trouvé ça bizarre que les enfants ne s’aiment pas juste parce qu’ils sont noirs, alors que ce n’est pas grave d’être noir. Mathis, CM1, Ecole Estaque Plage

J’ai trouvé que le racisme et l’esclavage étaient injustes. Quand on demande aux enfants noirs de choisir entre la poupée noire ou blanche, ils ont pratiquement tous choisi la poupée blanche et quand on a demandé à la petite fille à qui elle ressemblait, elle voulait prendre la poupée blanche et elle a pleuré parce qu’elle ressemblait à la poupée noire. Parce qu’ils ont tellement entendus que les noirs étaient mauvais, qu’ils ne pouvaient pas danser, qu’ils se disent ça à eux-mêmes. Léna,CM1, Ecole Estaque Plage

L’idée que le racisme n’est pas seulement quelque chose imposé de l’extérieur, mais bien une construction mentale que l’on finit par intégrer en profondeur, a beaucoup choqués les enfants et les adolescents. Nous avons insisté sur la phrase finale de Bill T. Jones, dans son poème revendiquant son droit à être lui-même, fort et entier : « nous le pouvons, nous le devons« . Nous ne pouvons pas nous laisser arrêter par des paroles. Nous ne pouvons pas être diminués par des regards blessants. Nous le devons à nous-même, nous le devons à l’ensemble de la société.

Ainsi que l’affirme William Kentridge, auteur et metteur en scène sud africain présenté pour la 19° édition du Festival de Marseille : « il y a une possibilité réelle de changement des comportements humains. Nous devons développer ce sens du « possible », ce sens d’une volonté positive et donc d’un engagement, même si nous n’avons aucune certitude de réussir« . Ou, comme le répète régulièrement et plus simplement Nils, en CM1 à l’école Estaque Plage « rien n’est impossible« .

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