La danse classique : un enjeu contre le racisme

En classe, nous abordons la question de la lutte engagée par l’art contre le racisme, via l’étude de la création aux USA. L’histoire de la danse noire américaine est en effet intimement liée à celle du combat pour les droits civiques. Que la danse traite de sujets historiques (l’esclavage avec Revelations d’Alvin Ailey), que les chorégraphes se soient eux-mêmes engagés politiquement (Pearl Primus), ou qu’ils aient travaillé sur les origines de la culture afro américaine (Katherine Dunham), l’art est apparu au cours du XX° siècle comme le porte-parole des enjeux des luttes raciales.

La danse classique, avec ses codes très précis, paraît à priori loin de ces revendications. Pourtant, pour les afro américains, s’emparer de la danse classique n’a jamais été une évidence. Les blancs résistent longtemps à l’entrée de danseurs noirs dans des ballets typiquement occidentaux, reflet d’un modèle de culture dominante.

En 1969, Arthur Mitchell fonde le Dance Theatre of Harlem pour permettre à des artistes afro américains de montrer des grandes oeuvres du répertoire classique. Pour ce danseur et chorégraphe, depuis toujours, « un artiste de scène se distingue par son talent et non par la couleur de sa peau ». Une phrase qui semble évidente, mais qui, dans la réalité, peine à être appliquée.

Arthur Mitchell

Arthur Mitchell

Alonzo King (voir article sur sa venue au Festival), chorégraphe néo-classique, a grandi dans un milieu militant, auprès d’un père avocat très engagé pour les droits civils. Mélanger les corps et les esthétiques, dans une poésie et une sensualité fortes où la spiritualité transcende les barrières, s’inscrit dans l’histoire de cette lutte des afro américains pour jouer avec le répertoire et la technique classique.

Dans le documentaire First position (paru en français sous le nom Le concours de danse), nous suivons l’histoire de Michaela DePrince, jeune américaine noire née en Sierra Leone. Pour cette ballerine de talent, la danse classique est apparue comme un combat de tous les instants. « Trop athlétique », « trop différente », « trop petite », « une perte de temps », elle a tout entendu. Le rôle principal de Marie dans le célèbre Casse-Noisette lui a été retiré il y a quelques années, sous prétexte que « l’Amérique n’était pas prête pour une Marie noire ». L’Amérique serait donc prête pour un président afro américain, mais pas pour une danseuse étoile noire ?

La lutte contre le racisme ne s’arrête jamais. Et la danse, loin d’être un instrument de divertissement secondaire, est le reflet cuisant de ces humiliations, ou, au contraire, des revanches prises.

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